Chemin du Puy

chemin Puy

Au départ de la voie du Puy, l’appel du chemin !

Voici un témoignage de Jean Journet, pèlerin sur le chemin du Puy, publié dans le bulletin Camino 33 de mai 2005.

Année 2002, le PUY-EN-VELAY. Il est 8 heures et il pleut. Dans mon dos, le monumental porche de la belle cathédrale de lave, devant moi le grand escalier ; mes premiers pas sur la Via Podiensis, itinéraire privilégié des pèlerins. Plus loin, en Espagne, en Galice, Santiago de Compostela… à 1500 kilomètres. MAX à mes côtés est tout aussi ému que moi. Et si l’on a hâte de partir, on quitte toutefois cette ville avec regrets tant elle est à la fois austère, contrastée, majestueuse. On quitte pour deux mois sa famille.

Il faut dès à présent apprendre à gérer l’effort, car la crête boisée au point haut, est à 1200 mètres d’altitude. Et le Chemin est long, très long. Pendant cinq jours, avec la pluie, le crachin et le brouillard, le vent du Nord et ses giboulées de neige, parfois un pâle soleil fugitif, je traverse des régions sévères, rudes, mais ô combien pittoresques. Après le plateau du Velay, voici le début du Gévaudan, hautes terres sauvages, puis l’Aubrac qui ne lui cède en rien. Sur le linteau de la porte du monastère accueillant autrefois les pèlerins, était gravée cette phrase tirée de la Bible : « in loco horriris et vastaea solutidinis… », en ces lieux d’horreur et de profonde solitude. La Commanderie du Domaine du Sauvage (1292 mètres), ancienne domerie des Templiers, semble tout droit sortie du Moyen Âge. Devant la cheminée monumentale de la salle commune où brûle un tronc d’arbre, je fais la connaissance de plusieurs marcheurs, tous pèlerins, qui partageront ma route pendant quelques jours. Et si chacun chemine seul, avec ses pensées personnelles, sa foi, ses forces et à son rythme, les retrouvailles dans le refuge d’étape sont toujours un riche moment de convivialité et de partage. Ce soir, c’est moi qui « fais les pâtes » !

Croyant, je n’avais pas pour autant envisagé ce parcours en tant que pèlerin au strict sens religieux, mais plutôt comme une recherche de la nature et des paysages, du goût de l’effort physique ; aller au devant de nouveaux horizons hors du quotidien, sans contrainte de temps ni de lieu, avec un esprit attentif ou intéressé de tout ce qui pouvait se présenter. Je ne me sentais pas poussé par l’Esprit, mais paradoxalement, pour moi la marche pouvait être un temps d’arrêt enrichissant mes convictions spirituelles et religieuses.

Quittant NASBINALS et portant un dernier regard sur sa belle église auvergnate de basalte brun, je descends doucement dans la vallée du Lot, gardant dans ma mémoire tous ces paysages durs et grandioses. ESPALION, ESTAING, étapes importantes du Chemin, permettent un peu de flânerie dans la verdoyante vallée. Ici la vie semble plus facile et l’agriculture plus prospère. Les pieds tiennent bon, les fatigues s’estompent de mieux en mieux et les nuits sont réparatrices. Heureusement car le G.R. grimpe à nouveau fortement en direction de CONQUES la médiévale. Cette cité ne se découvre qu’au dernier moment, mais quel émerveillement lorsque les toits de lauzes en gradins se révèlent. Site unique, passage incontournable sur la voie reliant Le Puy à Compostelle, la basilique de pierre brute, impressionnante de dépouillement est un hymne à la beauté. À l’intérieur les vitraux de Soulages filtrent une lumière irréelle, métallique qui ajoute à la majesté des lieux.

Jean JOURNET

3 réponses à Chemin du Puy

  • Gilbert BOISSE dit :

    Voilà, c’est fait ! 1600km en deux mois. Du 30 mai au 29 juillet 2018
    Le puy en Velay à Saint Jean de Compostelle en solo et autonomie complète.
    Le sac à dos de 40 litres où tout est dedans :
    Je suis parti avec ma tente, matelas, duvet, réchaud, une trousse de toilette et une petite de pharmacie. Une petite boite genre Tupperware ou j’avais les sticks de café, cacao du matin, le lait genre Nestlé tube et un sachet de soupe en cas que (jamais utilisé !)
    Et divers choses : lampe frontale, couteau suisse (que la douane de Porto m’a confisqué) une cuillère et fourchette de rando, mes guides de randonnée (3 !)
    Les vêtements : 2 changes des sous vêtements, un polo manche longue style anti-transpirant de sport et un short, une serviette de toilette de rando et un bob. Sur moi j’avais le pantalon short (le bas de jambe zipable retirable) le 3ème caleçon et tee-shirt. La veste style coupe vent pour la voile et qui m’a servie pour le froid et surtout la pluie. (Petites averses) le pancho c’était trop… je l’ai renvoyé avec le départ de mon copain ! Une casquette. Et mes 2 bâtons qui m’ont été très utiles en montée, pour les passages délicats, boueux, ronces à écarter et une tenue à distance d’un chien d’une habitation en Ariège et un patou en pays basque. En Espagne et sur les routes j’ai pu les fixer sur les cotés du sac à dos ou les sangles étaient prévues pour.

    Je suis parti le 30 mai avec un ami pour les 200 premiers kilomètres, ce qui m’a bien aidé car le chemin était une découverte
    Après la bénédiction des pèlerins dans la Cathédrale Notre-Dame de l’Annonciation tôt le matin nous prenons le chemin. Nous n’avons pas fait le premier kilomètre que le ciel se déchaine et nous commençons par sortir les panchos, ceci serra répétitif pendant les 10 premiers jours… dans les moments ou le ciel nous laissé contempler le paysage autour de nous, nous étions ravit car le vert abondant des prés, forets, baigné par le soleil devenait magique.
    Les deux premiers jour nous n’avons pas pu installer les tentes pour cause de pluie et goûter aux gites, qui ma fois sont bien pratiquent même si c’est un peu cher pour le budget : il faut compter 12 à 14€ pour le lit + pour le repas du soir 12 à 16€ et 5 à 6€ pour le petit déjeuner. En fait les gîtes en France, enfin, au début, le propriétaires nous poussent pour que nous prenions la demi-pension… c’est le coté négatif de la tourista en France… soit au delà de 30€ plus le repas du midi et quelques faux frais on va vite a 40/50€ jour… sur 31 jours c’est plus de 1300€ et le budget aurait éclaté !
    Premier bivouac au domaine de sauvage à 1300 d’altitude, une nuit un peu fraiche il m’a fallut mettre la veste de voile sur le duvet pour avoir le moins froid possible. Heureusement j’avais un matelas gonflant de 8cm mon dos à été épargné.
    Au fil du chemin nous faisons plein de connaissances, le fait d’être à pieds permet de s’arrêter et d’établir la conversation sans problème, seules les langues étrangères nous bloquent et l’on reste un peu sur sa faim… puis nous traversons des villages dans leur états d’origine, pas traumatisé par les deux dernières guerres, toits d’ardoises, colombages, rue pavées, … c’est un régal pour nos yeux ! bien sur toujours entre deux averses !! Que dire aussi du chemin, nous l’avons défié inondé, ou avec de la boue, les pierres glissantes… et les 10 premiers jours c’est un dénivelé chaque jour.
    Nous voilà arrivé au superbe village de Conques le dixième jour, mon copain prends la navette pour rejoindre le puy et récupérer son véhicule puis rentrer chez lui. J’en ai profité pour alléger mon sac en lui refilant le surplus de la pharmacie, j’avais encore trop de doublons. Exit aussi mon pancho qui était épais et lourd. S’il pleut je protège mon sac et met ma veste coupe vent/imperméable puis je trouve un abri. Et plusieurs chose que j’avais pris qui ne m’on pas servi les 10 jours donc qui ne me serviront pas les prochains jours ! (GoPro, …) Me voilà en solo, avec ma tente et ma première expérience : comment manger, dormir et se jouer de la météo capricieuse de ce début juin
    La deuxième quinzaine de juin la météo est devenue plus clémente, j’ai pu m’installer en camping mais plus souvent aussi en gite, ma tente dehors je pouvais diner avec les personnes qui étaient en gite. Enfin je suis passé du solitaire au social ! Et bien m’en à fait, au fil des jours les échanges ce sont améliorés, enrichis. Outre les visites des villages, des églises, les photos prises le long du parcours il y avait les rencontres : avec les bénévoles, les « hospitaliers » et les pèlerins. En ce mois de juin j’ai compris que ce chemin est bien plus qu’un chemin

    Je suis arrivé le 29 juin à saint jean pied de port, après avoir laissé en route mes chaussures, le matelas qui c’est crevé en plusieurs endroit et irréparable, acheté une genouillère, bombe anti-moustique et anti-punaise, lunettes loupe de vue car j’avais cassé les mienne en bourrant le sac à dos, des bouchons à oreille pour dormir à coté de ronfleur,
    Mais la première partie du parcours était bouclée sans que je m’en sois aperçu en fait !
    Le lendemain je pars à l’assaut du col de Lepoeder (1430m Espagne) c’est 1240m de dénivelé positif. Heureusement la vielle j’ai renvoyé la tente, le réchaud, le matelas crevé et divers choses comme les deux premiers livres de topo, le capteur solaire jamais utilisé,… Le sac à dos était passé de 12kg à 7kg, tout a changé, mon dos était comme libéré !
    Si le mois de juin 8 personnes sur 10 était des gens âgé comme moi entre 40 et plus, en juillet coté espagnol c’était le contraire, 8 personnes sur 10 avaient moins de 30 ans ! Je pense que cela est du aux vacances scolaires, peut-être.
    A partir du « camino francés » partie espagnole, je n’allais plus dormir sous la tente, uniquement dans les gites, là-bas c’est 5€ pour dormir dans un gite communal et paroissial, et souvent domativo ! Donativo c’est ce que l’on donne, c’est ce que l’on veut et peux, il y en a aussi en France mais très peu… les repas et la nourriture sont de bon marché, donc plus besoin de la tente, matelas et du réchaud! Je peux très facilement respecter mon budget de 20€ jour. C’est simple les frais en Espagne c’est les frais en France divisé par 2, voir 3 ! Énorme !

    Je suis resté seul la moitié du camino espagnol, tout en accompagnant diverses personnes et me retrouvant avec des connaissances pratiquement chaque soir !
    Les paysages ont changé, c’est un peu plus arides sur la moitié centrale du parcours mais c’est différant et ça me plais.
    Les 10 derniers jours, je suis resté avec une bande de copains de 10 jeunes environ, ils m’avaient adopté ! L’arrivé à Santiago de compostela, c’était l’explosion de joie, les embrassades, inoubliable ! Deux mois et 1520km de marche, une centaine de personnes auquel j’ai passé au moins une demi journée en conversation… de toute nationalité ! C’est magique ! Le lendemain, après une nuit bien arrosée, nous sommes reparti pour le fisterra, c’est la pointe espagnole, le point le plus avancé sur l’océan atlantique, après il faut pouvoir marcher sur l’eau !
    Je suis revenu le 2 août à Santiago, avant de me diriger sur Porto pour prendre un avion le lendemain. Le matin du départ pour Porto je suis allé m’assoir sur la place de l’Obradorio face à la cathédrale de saint jean de compostela, je suis resté une demi-heure, assis, devant me convaincre que tout allé finir…oui, j’ai du verser ma petite larme. Quelque chose était passé et je savais que je ne le revivais pas.
    Le lendemain dans l’embarquement de mon avion pour Lyon je retrouve un jeune auquel j’avais parlé le 4ème jour dans le camping à Nasbinals ! Étonnant, la boucle était bouclée !

    Je retiens surtout les rencontres, j’ai côtoyé énormément de personnes, loin de toute servitude administrative ou autre de notre vie civile (véhicule, électricité, eau, jardin, maison, servitudes diverses…) et l’on voit que les personnes rencontrés sont comme nous, la recherche de simplicité, d’entraide et de contact. Sur le camino (chemin en espagnol) on redevient un prénom, pas un numéro de sécurité sociale ni un poste dans une hiérarchie.
    Une très belle aventure que je compte refaire par un autre chemin.

    Les chiffres :
    67 jours, 1601,20km, budget tenu : 20€79/jour
    Pour une prochaine fois je prendrais un sac à dos de 45 litres, les 5 litres supplémentaires pour pouvoir mettre les courses du midi et soir à l’intérieur sans bourrer systématiquement… ça ma couté mes lunettes de vue (cassées) et remplacée par une paire de lunettes loupe bien plus petite et avec un petit fourreau protecteur. Pour lire les cartes principalement.

    J’espère que ce long poste puisse éclairer les futurs pérégrinos.
    Gilbert

    PS : je souhaite effectuer cette année, avec mon épouse, le chemin d’Arles en bifurquant et atteindre Bayonne pour emprunter le camino norté. je serais très heureux d’avoir des témoignages ou/et renseignement sur ce parcours. merci

  • normand nicolas dit :

    bonjour, Lepère Editions devrait inviter les marcheurs à voir sur « 6play.fr » saint jacques de compostelle : l’aventure au bout du chemin. émission zone interdite.

    nicolas

  • bordet dit :

    Chacun son Chemin…,
    Le mien s’est terminé le 29 mars 2015 après quatre étapes entre Le Puy en Velay et Saint Jacques de Compostelle et quelques larmes à l’arrivée …
    Que reste-t-il dans ces heures de Bonheur ?
    Un grand vide et un besoin d’échanger avec ceux qui ont vécu le Chemin.
    Un grand décalage avec la vie de « tous les jours ».
    Une grande envie de reprendre le sac.
    C’est donc décidé, ce sera Vèzelay en septembre prochain.
    Trois vidéos retraçant la vie d’un pèlerin pour témoigner et ne pas oublier (youtube: compostelle laurent bordet leon saint jacques).
    Ultreia
    Laurent

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